Marc-Alexandre Tareau, un lauréat passionné

25 juillet 2022 par Administrateur
Marc-Alexandre Tareau, ancien doctorant du LEEISA, est l’un des deux lauréats du prix de thèse de l’Université de Guyane, remis le 7 juillet dernier à Cayenne. Il a été distingué dans le domaine des « Humanités, sociétés et santé » pour ses recherches sur les pharmacopées métissées de Guyane, réalisées au sein de l’équipe ETHNYC de 2016 à 2019. Portrait d’un chercheur ethnobotaniste et vulgarisateur passionné qui s’est donné pour mission de faire découvrir et valoriser les usages des plantes des jardins guyanais.

Depuis qu’il a soutenu sa thèse en 2019, l’ethnobotaniste Marc-Alexandre Tareau se donne pour mission de diffuser largement les connaissances acquises auprès des diverses communautés culturelles de Guyane, au sujet des usages de phytothérapie. Ce passage de savoirs se fait tant sur le plan académique, par la publication de plusieurs articles dans des revues scientifiques spécialisées, que dans une dimension plus populaire par de fréquentes interventions auprès des jeunes et du grand public guyanais.

Marc-Alexandre Tareau, deuxième en partant de la gauche, est lauréat du prix de thèse de l’Université de Guyane, délivré le 7 juillet 2022.

Retransmettre le savoir reçu

Dans cette démarche de valorisation de la richesse de ces savoirs populaires, il met un point d’honneur à retransmettre à son tour ce qu’il a pu observer ou écouter auprès des habitants des villages et des quartiers du littoral guyanais avec qui il a travaillé durant ses quatre années de recherche doctorale.

Si les résultats généraux de sa thèse ont donné lieu à un article dans la revue de référence en ethnobiologie, Journal of Ethnobiology and Etnomedicine (Tareau et al., 2020a), Marc-Alexandre s’est également attaché à valoriser ses données de terrain à travers plus d’une vingtaine de publications scientifiques (5 en 2019, 6 en 2020, 8 en 2021 et autant prévues en 2022) concernant des sous-thématiques plus spécifiques, telles que l’ethnobotanique des migrants (Tareau et al., 2021b ; Tareau et al., 2022), la cueillette urbaine (Tareau et al., 2019a; Tareau et al., 2020b), les plantes utilisées dans la sphère sexuelle (Tareau 2020) ou encore les circulations ethnobotaniques en milieu transfrontalier à travers l’exemple de la frontière entre la Guyane française et le Brésil, ayant fait l’objet d’un article en français (Tareau et al., 2019b) et d’un article en portugais (Tareau et al., 2021c). Des focus ethnobotaniques ont également été réalisés au sujet d’espèces emblématiques comme Quassia amara (Odonne et al., 2021) ou Ceiba pentandra (Tareau et al., 2021a).

Nouveaux concepts théoriques

Ces diverses publications lui ont permis de développer de nouveaux concepts théoriques, tels ceux des « espaces circulaires et réticulaires de cueillette », des « domaines d’hétérogénéité », des « itinéraires thérapeutiques en zigzag », des « Spiritual Keystone Species », ou encore de la notion de « frontière tinctoriale », faisant de lui un contributeur remarqué à la littérature conceptuelle en ethnobotanique et en ethnomédecine.

Parmi ces notions-clés, l’une d’entre elle fait actuellement l’objet d’un article soumis à la revue American Anthropologist : il s’agit du concept d’ « interculturalisation » qui permettra de décrire de façon plus consensuelle les jeux d’interactions culturelles et ce qu’ils produisent au sein de sociétés plurielles comme la Guyane.

Le jeune chercheur a également eu l’occasion d’enchaîner les restitutions orales à l’occasion de conférences grand public, d’émissions radiophoniques ou de reportages T.V. Après un travail de ré-écriture pour adapter le propos de sa thèse à une compréhension plus large du public, il verra ses travaux bientôt publiés sous forme de livre. Un autre ouvrage, faisant dialoguer ses textes avec les photographies de Karl Joseph, est par ailleurs en cours de rédaction pour une publication début 2023. Une exposition de ce travail mêlant Art et Science, qui avait été financé par le LabEx CEBA en 2020 (projet Kalalou), est depuis le 13 juillet accessible en version légère au point d’information touristique de Roura. L’exposition intégrale sera présentée à partir d’octobre 2022 à l’Université de Guyane.

Pharmacopées locales et parcours de soin des populations migrantes

Marc-Alexandre Tareau est aussi le président-fondateur de l’association Mélisse qui œuvre pour la promotion et la valorisation des pharmacopées locales. Sur la commune de Mana, où l’association a obtenu une parcelle, un jardin ethnobotanique pédagogique est en cours de réalisation afin de restituer autrement les connaissances acquises sur le terrain. Ce jardin sera notamment voué à recevoir des groupes scolaires, afin que les jeunes Guyanais puissent (re)découvrir un florilège de plantes médicinales, ainsi que leurs différents noms vernaculaires et quelques-uns de leurs principaux usages populaires.

Côté plus académique, après avoir poursuivi une étude post-doctorale au CNRS sur l’adaptation des médecines créoles guyanaise et haïtienne à la Covid-19, Marc-Alexandre Tareau est actuellement en poste à l’Inserm au Centre d’investigation clinique à Cayenne, où il travaille à une meilleure compréhension des parcours de soin des migrants originaires d’Haïti en Guyane.

L’ethnobotaniste Marc-Alexandre Tareau inscrit son travail sur les pharmacopées locales dans la compréhension des parcours de soin en Guyane

+ Accès à la thèse de doctorat de Marc-Alexandre Tareau : Les pharmacopées métissées de Guyane : ethnobotanique d’une phytothérapie en mouvement, 2019
+ Reportage des Chroniques du Maroni sur l’intervention de Marc-Alexandre Tareau au Lycée Bertène Juminer, en décembre 2021
+ 2022_Liste des publications de Marc-Alexandre TAREAU
+ Marc-Alexeandre Tareau sur le portail Google Scholar

+ Vidéo : « Rencontre avec Marc-Alexandre Tareau : comprendre l’usage des plantes » (LabEx CEBA, 2022)

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